jeudi 30 octobre 2008

N’importe où, n’importe quoi

Shaati al Inglez


Ce pourrait être n’importe où. Mais l’on ne se fâchera pas que l’endroit se trouve ici par miracle. Rien ne nous empêche de patauger dans le cliché avec une ostensible satisfaction puis de nous ébrouer près des badauds en nous appliquant à les éclabousser le plus malignement du monde. La vie dichrome, le monde en deux couleurs, bleu et blanc comme slogan d’une chronique sans histoire, le calme et l’immensité pour seul horizon.

Faire bisquer avec une carte postale passe-partout est bien la plus ignoble des occupations, la manifestation d’un atrabilaire désœuvrement, elle est absurde et je la conjure tout autant que cette image. Je l’ai prise in situ vero, mais comment prouver qu’elle n’a pas été téléchargé depuis le net, dont les eaux pullulent de ces vues vides de sens ? Pourquoi s'acharner à montrer que l'on est vraiment ailleurs alors que l'on est virtuellement partout?


mercredi 29 octobre 2008

Le couteau sous la gorge

le couteau ss la gorge

Vous avez une lame bien aiguisée contre la carotide. On vous assoit sur un fauteuil de moleskine rouge. Un vieux ventilateur ronronne et la télé diffuse un feuilleton en ourdou. Bientôt, vous relâchez la posture de sentinelle que vous aviez prise en apercevant le scintillement du métal entre les doigts de votre hôte. Votre esprit divague dans cette atmosphère humide et tiède où flottent des sons discrets. On vous recouvre d’une serviette de teinte fluo, et sans délicatesse votre tête est rejetée en arrière : l’habit de vos joues va bientôt disparaître.

Le tranchant danse déjà depuis un moment le long de vos jugulaires quand vos paupières commencent à s’alourdir et vous sombrez par instants dans une irrésistible somnolence. Dans quelques minutes vous vous réveillerez, frais et reposé, et n’attendrez plus qu’avec impatience que votre collier repousse pour croiser le fer avec.