dimanche 25 janvier 2009

Le cauchemar de Thesiger


"Even as a boy I recognized that motor transport and aeroplanes must increasingly shrink the world and irrevocably destroy its fascinating diversity” Wilfred Thesiger


Tout le monde n’a pas la chance de découvrir le désert comme le fit Wilfred Thesiger, accompagné, d’une caravane, en le traversant de part en part. Cet aventurier qui fustigeait la motorisation des nomades comme une dégénérescence, a pris le temps d’approcher toute la sensorialité du voyage, et mérité la merveille du quart vide au prix d’une progression lente et laborieuse.

J’aurais aimé en faire autant, mais ne je sache maudire le tout-terrain qui m’emmena sur une poignée de ses pas, avec mes meilleurs compagnonsm ici en Oman. Nous avons cependant eu la bénédiction de la météo pour admirer l’aride immensité après la pluie. Le drapé scintillant des nuages caressait les sables vallonnés avec ses pinceaux de lumière mouvante. Les dunes tigrées par les ruissellements laissaient surgir lleurs couleurs changeantes au milieu d'une plaine de poussière arrondie par l’horizon. Et un puits qui regorgeait d’une eau chaude et sulfureuse nous a prodigué un soin thermal tandis que la sécheresse reprenait ses droits.

Avec les vastes étendues stigmatisées par le tracé de la piste, l’impossible oubli de l’élément aquatique, et le déplacement automobile, nous avons sans doute reçu la plus fidèle image du cauchemar de Thesiger. Mais personne n’aurait su se plaindre de ce paradis en solde.


vendredi 23 janvier 2009

Bachannales omanesques



Le 17 janvier dernier, l’Oman a vaincu l’Arabie Saoudite en finale de la Gulf Cup, on avait rarement vu le pays dans un tel état d’euphorie. A Salalah, avant même que la victoire soit sifflée par l’arbitre, on a vu la moitié de la ville grimper dans sa voiture et franchir impunément les limites de vitesse sous les yeux complaisants de la police. Les piétons sortis pour admirer le vacarme automobile ne se seraient pas aventurés à traverser les rues où résonnait la cacophonie gigantesque des klaxons.

La foule motorisée ou non, a fini par se congestionner dans le vieux quartier de Hafah où se déchaînait une énergie inimaginable, du moins dans ce coin ultra-conservateur du Sud de la péninsule arabique. Les effusions populaires prenaient corps sous les guenilles loufoques du travestissement, au mépris de toutes les prescriptions islamiques dans le domaine. Les garçons se déguisaient avec les vêtements de leur petite sœur et déambulaient sur la voie publique en importunant les passants, ils avaient cependant pris soin de mettre un masque afin que personne ne pût les reconnaître. En prenant place sous le tissus impersonnels de leurs congénères féminins, les rôles étaient inversés le temps d’un soir.

Parmi les pétarades et le hurlement des cornes de brume on entendait aussi des percussions, réminiscences d’une immigration africaine vieille de plus de cent ans. Autour des musiciens se succédaient des danseurs aux poses sans équivoques, de celles qu’on ne montre pas dans les images folkloriques de la chaîne de télévision nationale. Pour un instant, les passions endormies, l’énergie bridée par une tradition prohibitive s’éveillaient dans l’effervescence de la nuit et la victoire ne devenait plus qu’un prétexte à libérer publiquement les frustrations trop longtemps contenues. Une improbable farandole défilait où l’aficionado de tuning faisait rugir sa hotwheel à côté des étudiants déguisés en femme, et un jeune mongolien applaudi par la population grouillante était enfin pris à l’index comme un modèle inaccessible.

L’improvisation de la fête populaire ajoutait à la spontanéité du défoulement, et ce cortège ressemblait à une déferlante carnavalesque tout autant qu’une bacchanale dans son antique facture. Le lendemain, dans ma petite classe de français je lançais une discussion sur l’utilité sociale des versions modernes du rituel dionysiaque. Tous on reconnu les bénéfices cathartiques de la levée pour un jour des interdits qui ruissellent dans le quotidien de la tradition Salalalienne. Je prenais note d’un déplacement géographique du fairplay à la mention des Saoudiens qui agitaient le drapeau omanais coude à coude avec leur adversaires.
Et je reconnaissais les bienfaits du football.

mardi 20 janvier 2009

Cafés (z)inc.



Combien de cafés (z)incorporés pendant le passage à Paris. Pas de compteur au gosier mais une acidité qui a élu résidence dans mon palais, sans amertume. Trait d’union incontournable entre le nid douillet et la journée de travail. La protection la plus efficace contre les simulacres de blizzard de la météo parisienne. Antichambre des projets les plus déraisonnés. Première loge du voyeurisme auditif, de la traque nonchalante à la brève.


Ferment le plus véloce des volontés avortées. Vous y étiez venu pour un petit noir, et voici que le temps s’engouffre dans l’indulgence et l’immobilité. Vous ne quittez pas ce foyer universel ou se fondent le flottement de la trotteuse et l’effervescence. Comme « dans un square sur un banc », « vous restez là / assis figé ». La crème se dissipe au centre de la tasse et vient sécher comme un collier de raphia sur les parois. Votre image se reflète dans la brillance du liquide ébène. Le sucre est dissolu depuis longtemps mais la petite cuillère continue sa petite musique circulaire, pendant que le ronronnement d’un saxophone se dissout sans les volutes du brouhaha.


Chaque matin, les comptoirs en acier poli, en cuivre ou bois ont accueilli un coude ou l’autre. Les cliquetis de la vaisselle et le vacarme de la machine à vapeur ont prolongé l’étourdissement matinal, et les regards perdus sur un objet ridicule.

lundi 19 janvier 2009

Noel au balcon : Pakistan #2


.../... Le spectacle continue chez le capitaine d’équipe. L’ail rissole dans le ghee, le gingembre râpé frisonne à l’étouffée, et la peinture fraîche colle aux doigts des maladroits. Omar habite avec son père. Ils ont mis la maison en grand chambardement : tout doit être propre et rangé avant la visite prochaine de sa mère en résidence au Pakistan. Le parterre a la même allure que le carré de jeu de tout à l’heure, des objets indéfinis forment un chaos que commencent à ordonner la télé et l’ordi trônant en bonne place dans la pièce principale. Le biryani est apporté dans les exhalaisons de laque et d’épices mélangés de vapeur amidonnée. A la fin du repas il ne reste presque plus rien dans l’assiette collective mais tout le monde est repu. Une mode à promouvoir auprès de beaucoup d’omanais dont les rations de riz qui dépassent largement leur satiété ne sont jamais resservies.