lundi 29 septembre 2008

Les bangladais ne mangent pas leur prochain


Ce vendredi, les fleurs de macis exhalent une odeur étourdissante au détour d’une rue bouchée par un éboulis de pierres. Les maisons en ruines vomissent les cailloux qui bâtissaient leur corps et encombrent les cloaques de gros pavés coralliens. Dans ce paysage désolé confinant à l’insalubrité, les couleurs chamarrées du linge qui sèche s’agitent sur un fil tendu entre deux pans de murs déchiquetés par le temps.

Malgré un état de délabrement proche du sinistre, ce quartier est encore habité par la communauté bangladaise. Les rumeurs de réhabilitation parlent d’une destruction imminente des habitations ; celles qui sont promises à ce sort sont marquées à la bombe rouge vif d’un numéro sur leur façade. Le vent qui s’engouffre dans les rues charrie une fine poussière qui teinte la vue d’un voile beige, et les fumées odoriférantes d’un ragoût sur le feu. Un peu plus loin des tasseaux de bois probablement récupérés sur un chantier brûlent sous deux trépieds de parpaing portant chacun une gigantesque casserole.

Il est 9 heures du matin. On prépare déjà le byryani qui honorera la rupture du jeûne d’un millier de bangladais, les oignons se contorsionnent dans la marmite tandis que la viande mélange ses sucs aux parfums de la cardamone, de l’ail et du piment. Le festin promis au nez par les vapeurs de la cuisine m’a rappelé à lui le soir même, où j’ai découvert comment l’on fait de véritable mets dans de si grands chaudrons ainsi que l’hospitalité et le goût de la plaisanterie des immigrés du Bangladesh.


jeudi 25 septembre 2008

N’oublie pas mes petits souliers

N'oublie pas mes petits souliers

N’ayons pas peur des clichés. Quand on annonce que l’on part dans un pays musulman, le monde se divise en deux catégories de personnes. Ceux qui n’ont jamais voyagé dans la région vous dévisagent avec une mine aussi déconfite qu’effrayée ; vous leur eussiez dit que vous alliez croiser sans cotte de maille, qu’il n’auraient pas été plus angoissés. Réaction archaïque. L’autre classe s’est formé à l’école de la baroude. Dans ce milieu l’on croit détenir un secret caché : impossible d’être plus sûr qu’en terre d’Islam. Attitude éclairée.

La plupart de mes compagnons omanais ne manquent jamais de se faire les fermes apôtres de cette deuxième position. J’étais moi-même membre de la chapelle jusqu’à ce que l’on dérobe mon téléphone et un porte document plein d’argent, alors que je les avais laissés délibérément, et très naïvement à la merci des convoitises les moins forcenées. Très récemment , un omanais à qui je racontais l’histoire a renchérit en me contant qu’il avait lui-même été victime du vol de ses sandales, quittées pour prier, à l’entrée de la mosquée. De nos jours on ne sait plus à quel saint se vouer. Je recommande le petit papa noël, lui au moins ne nous dépossèdera pas de nos souliers.


samedi 20 septembre 2008

Polémique sur le port de voile au Sud de l'Arabie

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Ce n'était plus un secret pour beaucoup, j'ose aujourd'hui lever le voile sur la vérité : que les plus conservateurs anesthésient leurs angoisses, entre la voile et la vapeur, j'ai très clairement choisi. Par chance, le destin a placé sur mon chemin un anglais philanthrope qui a consenti à me céder son équipement de véliplanchiste pour une somme dérisoire.

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La roue qui tourne m'a réservé cependant moins de faveurs sur l'eau, où j'ai trop bu le bouillon pour laisser s'épanouir mon désir inavoué : pousser des cris primitifs tout en agitant simultanément le pouce et l'auriculaire, par amour pour le style. Rejoignez-moi et je vous paye une tasse, d'ici là je clame sans aucun complexe : la sable, c'est plus stable!

vendredi 19 septembre 2008

Qu'as-tu donc dans ton panier?

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Ou : What have you got in your basket? pour ceux qui préfèrent Wall Mart à Carrefour, ou bien encore à LuLu (sorte de parangon des supermarchés, version Omanaise et d'origine indienne). Qu'avons-nous dans notre besace? Que dalle.

"Dalle" viendrait du tsigane "dail" qui signifie "rien du tout", et la bohème dans le cœur, mon caddie reste vide. En fait de dalle c'est plutôt celle qui tenaille mon estomac dont il faudrait parler. Car en ces temps de ramadan, la faim vous soumet. Les commerces l'ont bien compris, en restant ouverts toute la journée, en proposant des monticules de nourriture bien achalandée, des gondoles à faire saliver un cactus, et d'imbattables promotions pour les achats en gros.

Les galeries marchandes ne désemplissent pas de clients qui fourmillent autour des rayons, de manière plus sauvage, plus pressée, plus coupable qu'à l'habitude. Nous sommes bien dans le golfe, rassurons-nous pas de guerre à l'horizon. Le ravitaillement est tout autant frénétique pourtant.

Vis viva


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Notre homme, malgré sa vitesse déplacement proche du négligeable - à l'heure des transports super-soniques - a pris une longueur d'avance sur le slogan de son boléro. Il roule sur un véhicule à énergie verte, s'il en est, car celui-ci ne consomme rien de plus qu'un peu d'huile de genoux, et ne rejette dans l'atmosphère qu'une imperceptible fragrance d'aisselles. Si ce n'est pas un acte politique, que le céleste m'intoxique au monoxyde de carbone. Vous me direz, "au prix de l'essence..." (comme on dit), fallait pas inventer l'eau chaude (comme on dit).

mardi 9 septembre 2008

Le jêune affamé

Beignets du ramadan

De petites boules viennent pleurer des larmes d'huile en se pressant contre les vitres de plexiglass. Un parasol couvre le placard à fritures posé dehors. L'installation tient lieu d'annexe au ccoffeshop de ces deux indiens. Sa fermeture à l'occasion du ramadan fournira peut-être une occasion d'améliorer ses conditions d'hygiène pour la nouvelle année (de l'hégire).

Pendant ce temps les beignets, à peine protégés de la poussière par leur étal improvisé, prennent l'air en attendant que les klaxons des voitures impatientes ne les fassent sursauter. Le surcroit de bonté préconisé pendant le jeûne n'a pas encore invité les clients à descendre de leur véhicule pour passer commande. Les trompettes se font simplement un peu plus insistantes sous le capot à mesure que défilent les heures vers le coucher du soleil, et que la supplique du ventre affûte ses accents tragiques.

Ces petits postes ressemblent à des commerces ambulants, et fleurissent un peu partout dans les rues de terre battues. On peut y choisir des beignets d'œuf, d'épinard, ou bien encore des samousas et des desserts sucrés. Des mets bien éloignés de l'ascétisme évoqué dans les récits de la vie du prophète..

Beignets du ramadan