Ce vendredi, les fleurs de macis exhalent une odeur étourdissante au détour d’une rue bouchée par un éboulis de pierres. Les maisons en ruines vomissent les cailloux qui bâtissaient leur corps et encombrent les cloaques de gros pavés coralliens. Dans ce paysage désolé confinant à l’insalubrité, les couleurs chamarrées du linge qui sèche s’agitent sur un fil tendu entre deux pans de murs déchiquetés par le temps.
Malgré un état de délabrement proche du sinistre, ce quartier est encore habité par la communauté bangladaise. Les rumeurs de réhabilitation parlent d’une destruction imminente des habitations ; celles qui sont promises à ce sort sont marquées à la bombe rouge vif d’un numéro sur leur façade. Le vent qui s’engouffre dans les rues charrie une fine poussière qui teinte la vue d’un voile beige, et les fumées odoriférantes d’un ragoût sur le feu. Un peu plus loin des tasseaux de bois probablement récupérés sur un chantier brûlent sous deux trépieds de parpaing portant chacun une gigantesque casserole.
Il est 9 heures du matin. On prépare déjà le byryani qui honorera la rupture du jeûne d’un millier de bangladais, les oignons se contorsionnent dans la marmite tandis que la viande mélange ses sucs aux parfums de la cardamone, de l’ail et du piment. Le festin promis au nez par les vapeurs de la cuisine m’a rappelé à lui le soir même, où j’ai découvert comment l’on fait de véritable mets dans de si grands chaudrons ainsi que l’hospitalité et le goût de la plaisanterie des immigrés du Bangladesh.
