Ce jeudi matin, je m'émerge avec une envie de massacre. C’est pourtant pas la faute de ces ouvriers pakistanais qui font trembler tout l'immeuble en faisant hurler leurs marteaux-piqueurs...dès sept heures du mat’, soit. Je migre dans une autre chambre, je coince mes oreilles entre deux coussins, et le sommeil raisonne mes pulsions matinales. Inexplicablement, je me réveille en entendant le téléphone qui peine a jouer de la sonnerie au milieu d’une symphonie apocalyptique en béton majeur.
C'est Mohammed Shanfari qui n’a pas oublié ma proposition d’aller marcher dans la montagne, au risque de glisser sur les pierres nettoyées par la mousson. Encore sonné par une trop longue nuit de sommeil et sa rallonge assourdissante à l’affront d un bruit infernal. Je rassemble ce qui me tombe sous la main dans un sac à dos. Une torche neuve sans batterie, une bouteille d’eau entamée et deux chaussettes dépareillées. J’allais glisser mon appareil photo quand un toc-toc s'est mis a jouer au "question-réponse" avec la masse balancée à toute force sur le mur de l'étage supérieur : Mohammed, fringuant, sort un dépliant quelconque et le commente d'un flot ininterrompu tandis que je continue à mettre n’importe quoi dans mon baluchon.
La voiture est arrêtée, le thé avalé. Et l'entrejambe brumeux de la vallée s’ouvre sous nos pieds lancés à bonne allure. Peu de temps après, mon compagnon fait halte (j'adore quand Thesiger* parle des Bédouins et dit que pour une fois "ils n'étaient pas mes serviteurs mais mes compagnons" et que le sentiment de supériorité de ceux-ci était placé au dessus de tout soupçon). Mon compagnon décrète que ses chaussures sont trop lourdes les accroche en tac-tac à une branche surplombant le chemin, au cas ou la paire conviendrait à quelque promeneur, et continue...en chaussettes...pendant 6h!
On a traversé des vallées boueuses, des lits de ruisseaux jonchés de roches aiguisées comme des haches, et des chemins tapissés d'épines venimeuses, de fourmis plus grosses que mon index, et de chenilles énormes dont la morsure est parait-il létale. On s’est perdu deux fois, on s’est battu pour indiquer la bonne voie, lui se réclamant de sa boussole a prière, et moi de mon GPS auquel je ne comprenais plus rien. Finalement, d’odeur d’humus en parfum piquant d'arbres à résine, de cascades sèches en plateaux nuageux, on est arrivés à bon port, hors de ce Wadi Nahiz, où nombreux furent ceux qui périrent. Il appartient à la tribu des Beni Naqam, qui en exterminèrent tout simplement les premiers habitants pour se l’approprier. Ils ne se privèrent pas non plus de prendre la vie de quelques britanniques pendant la révolution du Dhofar. Une chanson glorifie encore la geste : "Wadi Nahiz, wen mat al Ingliz" (Le Wadi Nahiz où sont morts les anglais...).
Après l'éprouvante aventure et plus encore le plat de riz auquel mon compagnon m'a invité, je ne nourrissais plus que des sentiments pacifiques pour les pakistanais, leurs patrons et leurs redoutables machines à l’assaut du ciment.
C'est Mohammed Shanfari qui n’a pas oublié ma proposition d’aller marcher dans la montagne, au risque de glisser sur les pierres nettoyées par la mousson. Encore sonné par une trop longue nuit de sommeil et sa rallonge assourdissante à l’affront d un bruit infernal. Je rassemble ce qui me tombe sous la main dans un sac à dos. Une torche neuve sans batterie, une bouteille d’eau entamée et deux chaussettes dépareillées. J’allais glisser mon appareil photo quand un toc-toc s'est mis a jouer au "question-réponse" avec la masse balancée à toute force sur le mur de l'étage supérieur : Mohammed, fringuant, sort un dépliant quelconque et le commente d'un flot ininterrompu tandis que je continue à mettre n’importe quoi dans mon baluchon.
La voiture est arrêtée, le thé avalé. Et l'entrejambe brumeux de la vallée s’ouvre sous nos pieds lancés à bonne allure. Peu de temps après, mon compagnon fait halte (j'adore quand Thesiger* parle des Bédouins et dit que pour une fois "ils n'étaient pas mes serviteurs mais mes compagnons" et que le sentiment de supériorité de ceux-ci était placé au dessus de tout soupçon). Mon compagnon décrète que ses chaussures sont trop lourdes les accroche en tac-tac à une branche surplombant le chemin, au cas ou la paire conviendrait à quelque promeneur, et continue...en chaussettes...pendant 6h!
On a traversé des vallées boueuses, des lits de ruisseaux jonchés de roches aiguisées comme des haches, et des chemins tapissés d'épines venimeuses, de fourmis plus grosses que mon index, et de chenilles énormes dont la morsure est parait-il létale. On s’est perdu deux fois, on s’est battu pour indiquer la bonne voie, lui se réclamant de sa boussole a prière, et moi de mon GPS auquel je ne comprenais plus rien. Finalement, d’odeur d’humus en parfum piquant d'arbres à résine, de cascades sèches en plateaux nuageux, on est arrivés à bon port, hors de ce Wadi Nahiz, où nombreux furent ceux qui périrent. Il appartient à la tribu des Beni Naqam, qui en exterminèrent tout simplement les premiers habitants pour se l’approprier. Ils ne se privèrent pas non plus de prendre la vie de quelques britanniques pendant la révolution du Dhofar. Une chanson glorifie encore la geste : "Wadi Nahiz, wen mat al Ingliz" (Le Wadi Nahiz où sont morts les anglais...).
Après l'éprouvante aventure et plus encore le plat de riz auquel mon compagnon m'a invité, je ne nourrissais plus que des sentiments pacifiques pour les pakistanais, leurs patrons et leurs redoutables machines à l’assaut du ciment.

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