vendredi 23 janvier 2009

Bachannales omanesques



Le 17 janvier dernier, l’Oman a vaincu l’Arabie Saoudite en finale de la Gulf Cup, on avait rarement vu le pays dans un tel état d’euphorie. A Salalah, avant même que la victoire soit sifflée par l’arbitre, on a vu la moitié de la ville grimper dans sa voiture et franchir impunément les limites de vitesse sous les yeux complaisants de la police. Les piétons sortis pour admirer le vacarme automobile ne se seraient pas aventurés à traverser les rues où résonnait la cacophonie gigantesque des klaxons.

La foule motorisée ou non, a fini par se congestionner dans le vieux quartier de Hafah où se déchaînait une énergie inimaginable, du moins dans ce coin ultra-conservateur du Sud de la péninsule arabique. Les effusions populaires prenaient corps sous les guenilles loufoques du travestissement, au mépris de toutes les prescriptions islamiques dans le domaine. Les garçons se déguisaient avec les vêtements de leur petite sœur et déambulaient sur la voie publique en importunant les passants, ils avaient cependant pris soin de mettre un masque afin que personne ne pût les reconnaître. En prenant place sous le tissus impersonnels de leurs congénères féminins, les rôles étaient inversés le temps d’un soir.

Parmi les pétarades et le hurlement des cornes de brume on entendait aussi des percussions, réminiscences d’une immigration africaine vieille de plus de cent ans. Autour des musiciens se succédaient des danseurs aux poses sans équivoques, de celles qu’on ne montre pas dans les images folkloriques de la chaîne de télévision nationale. Pour un instant, les passions endormies, l’énergie bridée par une tradition prohibitive s’éveillaient dans l’effervescence de la nuit et la victoire ne devenait plus qu’un prétexte à libérer publiquement les frustrations trop longtemps contenues. Une improbable farandole défilait où l’aficionado de tuning faisait rugir sa hotwheel à côté des étudiants déguisés en femme, et un jeune mongolien applaudi par la population grouillante était enfin pris à l’index comme un modèle inaccessible.

L’improvisation de la fête populaire ajoutait à la spontanéité du défoulement, et ce cortège ressemblait à une déferlante carnavalesque tout autant qu’une bacchanale dans son antique facture. Le lendemain, dans ma petite classe de français je lançais une discussion sur l’utilité sociale des versions modernes du rituel dionysiaque. Tous on reconnu les bénéfices cathartiques de la levée pour un jour des interdits qui ruissellent dans le quotidien de la tradition Salalalienne. Je prenais note d’un déplacement géographique du fairplay à la mention des Saoudiens qui agitaient le drapeau omanais coude à coude avec leur adversaires.
Et je reconnaissais les bienfaits du football.

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