Il est un point de vue qui consiste à penser que les voyageurs fuient la réalité. Pourtant cet avis commet le délit qu'il prétend dénoncer. En quittant un point, n’en rejoint-on pas un autre ? Et si le premier prend indéniablement corps sous nos yeux, pourquoi l’autre devrait-il être dépourvu de visage ? Le bons sens n’a cure de ces questions, et préfère dissimuler sous ses aphorismes parcellaires un jugement moral selon lequel l’endroit du départ correspond à ce qui est bien, tandis que l’arrivée est si condamnable qu’on lui refuse le droit de cité. Y a-t-il une seule réalité possible, envisageable et vertueuse ? Partir empêche-t-il de revenir ? D’autres interrogations que les âmes bien pensantes ont choisi d’ignorer sciemment, au profit de perspectives plus obscures.
Comparer un simple déplacement géographique à un déni de la réalité est un raccourci que prennent ceux à qui il ne ferait pas de mal d’emprunter quelques détours…

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